, , , publié 07/7/2021

Par Amin Bhatia

Ma réaction devant mon relevé de redevances trimestriel du mois d’août 1994 de la SOCAN : « Wow! Ce qui valait normalement au plus une couple de milliers de dollars en vaut maintenant des dizaines. Qu’est-ce qui se passe? Est-ce une erreur? Non. »

Presque 25 ans plus tard…

Ma réaction devant mon relevé de redevances trimestriel du mois d’août 2017 de la SOCAN : « Wow! Ce qui valait normalement des dizaines de milliers de dollars en vaut maintenant au plus deux mille. Qu’est-ce qui se passe? Est-ce une erreur? Non. »

Je me souviens de m’être interrogé sur mon choix de carrière de compositeur de musique pour le cinéma et la télévision. Certains projets valent la peine, mais d’autres sont pourris. C’est un métier difficile pour vos êtres chers, et les heures de travail sont débiles.

J’ai reçu mon premier chèque en août 1994. C’était pour un épisode d’une émission télé qui commençait à bien marcher sur CBS, et ça allait me rapporter autour de 400 $. Aujourd’hui, sur Netflix, ça te donne 4 $.

Pour tout dire, une grande partie de mon répertoire est passée de la radiodiffusion à la diffusion en continu. En ligne, tu gagnes à peine quelques cents contre chaque dollar payé en radiodiffusion. Après des années à investir dans de multiples projets et dans mon entreprise, voilà où j’en suis. Tout arrêter. Réduire le nombre de mes fournisseurs et le nombre d’heures de mon assistant. Discuter de ça avec ma femme. Je l’ai fait, et nous avons opté pour une réduction d’activités.

Telle est la nouvelle réalité à laquelle nous, les compositeurs de musiques pour le cinéma et la télévision, sommes confrontés. La COVID n’est rien (ces mots sont-ils vraiment de moi?) comparativement à la dévastation créée par la diffusion en continu. Les dollars initiaux que nous touchons en entamant un projet couvrent déjà à peine les heures de travail requises pour l’écriture de la musique elle-même. C’est pour ça qu’on a des droits résiduaires. Ceux-ci font que si un compositeur investit temps et talent dans un projet qui remporte du succès, il a le droit de partager équitablement ce succès parce que la participation de sa musique à l’œuvre est aussi importante que celle des membres de la distribution. Mais cela ne nous empêche pas de toucher des paiements microscopiques aujourd’hui comparativement à il y a une couple d’années.

C’est là où j’en suis personnellement, moi qui ai des clients et un catalogue de compositions. Pour un débutant ou une débutante, le jeu n’en vaut tout simplement plus la chandelle.

« La COVID n’est rien comparativement à la dévastation créée par la diffusion en continu »

Les radiodiffuseurs se conforment aux règlements établis par le CRTC pour le partage d’une partie de leurs recettes publicitaires. La SOCAN répartit ensuite ces recettes entre le compositeur et l’éditeur en fonction des rapports de contenu musical soumis. La part de l’auteur est exactement égale à celle de l’éditeur : 50/50. Ça, c’est le modèle utilisé en radiodiffusion. C’est le modèle à suivre.

Les entreprises de diffusion en continu (vidéo à la demande par abonnement, ou VADA) détiennent elles aussi des licences de la SOCAN, mais la rémunération relative à chaque exécution est largement inférieure, et aucun quota de contenu canadien ne s’applique – jusqu’ici.  no Canadian content rules apply – yet. Les sociétés de production exigent de plus en plus souvent que le compositeur leur concède la pleine propriété de ses droits d’auteur comme condition d’embauche. En conséquence, nous, les compositeurs, sommes privés de l’autre flux de recettes auquel nous avions précédemment droit : des redevances de reproduction au Québec et en Europe et, bien entendu, les recettes d’éditions dont nous bénéficiions précédemment. Sans parler des futurs flux de recettes.

Nous progressons lentement dans ce domaine grâce à la SOCAN, à la Guilde des compositeurs canadiens de musique à l’image Screen Composers Guild of Canada (SCGC), à la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec La Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ) et à nos organisations sœurs à travers le monde. L’Europe et l’Australie ont fait d’importants progrès en musique et contenu d’information, un autre domaine d’érosion ou les créateurs ne peuvent plus vivre de leurs œuvres à cause de la diffusion en continu et des réseaux sociaux.

Les projets sur lesquels ces organisations travaillent actuellement sont notamment les suivants :

  • quotas de contenu canadien pour la VADA et promotion de la découvrabilité de celui-ci;
  • perception de redevances de droits de reproduction par le biais de la diffusion en continu dans le domaine de la VADA;
  • rétention des droits d’auteur individuels et participation, par le compositeur, à la part de droits d’auteur et de droits de reproduction de l’éditeur; et
  • promotion de l’embauche de compositeurs canadiens de musique à l’image dans les productions étrangères filmées au Canada.

Donc, que peuvent faire les compositeurs de musique à l’image en attendant? Refuser les paiements forfaitaires des producteurs. Ce ne sont pas de mauvaises gens : ils ne se rendent pas compte. Comme compositeurs, insistez sur le partage équitable de la part de l’auteur. Conservez les droits d’auteur inhérents à vos œuvres dans le plus grand nombre de cas possible. Et si un client insiste pour s’approprier votre œuvre comme condition d’embauche, insistez sur la rétention d’une partie des droits et des revenus d’édition. Ces droits appartiennent au compositeur, après tout. Et si vous trouvez ça trop compliqué, faites comme eux, prenez un avocat! Personne ne devrait être capable de vous priver de votre propriété si vous tenez à la conserver. Cette question est plus ou moins réglée au Canada français, et c’est maintenant le tour du Canada anglais.

Si vous me trouvez alarmiste, c’est tant pis, mais je ne changerai pas d’idée. Il s’agit d’une affaire sérieuse. Si nous ne réglons pas la question des droits résiduaires dans le domaine de la diffusion en continu, c’en sera fini de la composition de musique pour le cinéma et la télévision.

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