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Trois raisons pour lesquelles un membre SOCAN doit se réjouir

publié 09/16/2019

Par Diane Tell

1 – Drake est membre de la SOCAN.
Le titre d’un article qui commence par : « 3 raisons pour lesquelles » et se termine par le nom d’une super star est, je l’avoue, un peu racoleur, mais j’ai voulu attirer votre si chère et trop souvent volatile attention. C’est réussi non ? Vous connaissez la fameuse citation de Groucho Marx ? « Jamais je ne voudrais faire partie d’un club qui accepterait de m’avoir pour membre ». À l’inverse, jamais je n’hésiterais à faire partie d’une société à laquelle DRAKE accepterait de confier ses droits d’auteurs ! Avec ses 20 millions d’écoutes en moyenne par jour sur SPOTIFY, ses 19 millions d’abonnés et 7 milliards de vues cumulées sur YouTube, pour ne citer que 2 preuves de son immense succès, le jeune homme de Toronto aurait pu céder au chant des sirènes américaines pour toujours et pourtant, il est des nôtres. Sans avoir accès aux secrets du dieu du Rap, je peux induire qu’il y trouve son compte. Ce qui est bon pour DRAKE est bon pour moi et pour notre société tout entière.

2 – La SOCAN nous appartient.
J’écris « notre société », car la SOCAN est à nous. Ni une organisation gouvernementale, ni la propriété d’actionnaires, la SOCAN est une coopérative, c’est à dire, une société appartenant à ses membres, plus exactement un groupement économique fondé sur le principe de la coopération, dans lequel les participants, égaux en droit, sont associés pour un genre d’activité visant à satisfaire les besoins de travail ou de consommation en s’affranchissant de la domination du capital.  Le groupe Blackstone fit l’acquisition en 2017 de la SESAC, l’une des plus anciennes sociétés de gestion collective de droits d’auteur en Amérique, elle-même propriétaire de Harry Fox Agency (société de gestion de droits de reproduction mécanique fondée en 1927). Le saviez-vous ? Que mon petit fonds de commerce n’appartienne pas à l’un des plus puissants fonds d’investissement de la planète me convient parfaitement. Pas vous ?

3 La SOCAN, avocate du diable est dans les détails.
Au Canada, petit détail, le droit d’auteur dépend de deux ministères à priori diablement opposés : Patrimoine canadien et Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE). Afin de ne commettre aucune bévue, je me permets de citer les versions officielles de leurs missions à portée de tous sur le site du gouvernement du Canada. Patrimoine canadien et ses organismes du portefeuille jouent un rôle vital dans la vie culturelle, civique et économique des Canadiens. Les arts, la culture et le patrimoine représentent 53,8 milliards de dollars en activité économique et emploient plus de 650 000 personnes dans de nombreux secteurs d’activité tels que le film et la vidéo, la radiodiffusion, la musique, l’édition, les archives, les arts de la scène, les établissements du patrimoine, les festivals et les célébrations. Les lois sur le droit d’auteur et sur la radiodiffusion, d’après ce que l’on peut lire sur le site, dépendent de ce ministère. Oui, mais voilà… Le portefeuille de l’Innovation, Sciences et Développement économique se compose des ministères et organismes suivants : Agence canadienne de développement économique du Nord (CanNor), Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA), Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l’Ontario (FedDev Ontario), Agence spatiale canadienne (ASC), Banque de développement du Canada (BDC), Commission du droit d’auteur Canada (CDAC) Etc… Ce ministère, toujours selon le site officiel, est également responsable de la Réglementation de la radiodiffusion et des télécommunicationsLicences de radiodiffusion, de distribution et de spectre, normes de télécommunications, certification et plus. Et plus vous dites ? Non merci. J’aimerais bien que l’on m’explique comment Monsieur Industrie et Madame Patrimoine arrivent à s’entendre sur la garde de leur progéniture : les contenus et leurs créateurs. Mais j’ai autre chose à faire. Des chansons à écrire, un spectacle à préparer, un post à publier sur Instagram… Je laisse les experts de la SOCAN jongler avec ce puzzle que j’appellerais « le paradoxe du contexte canadien du droit d’auteur ».

Je suis très fière d’être membre de la SOCAN et de son conseil d’administration pour ces raisons et beaucoup d’autres. La SOCAN est démocratique, paritaire, innovante et l’une des sociétés de gestion collective les moins chères du monde. D’audacieux outils sont déjà en place ou en cours de développement pour assurer une meilleure efficacité dans la collecte et la répartition de nos droits. Un nouveau portail destiné aux membres sera opérationnel d’ici la fin de l’année. Vous n’en croirez pas vos yeux ! Totalement métamorphosée par la révolution numérique, l’industrie de la musique peine à s’affranchir d’anciens modèles d’affaires. La SOCAN se réinvente constamment, s’investit à fond pour offrir de nouveaux services comme la gestion du droit de reproduction mécanique avec l’acquisition de la SODRAC pour point de départ. Je me réjouis de faire partie de la famille SOCAN. Et vous ?

À propos de Diane Tell

Les salles de spectacle doivent offrir des boissons non alcoolisées

publié 07/11/2019

Par Damhnait Doyle

Une version plus courte de ce billet de blogue écrit par Damhnait Doyle, membre du conseil d’administration de la SOCAN, a été publiée sur le site Web du Toronto Star le 10 juillet 2019 ainsi que dans la version imprimée du quotidien le 11 juillet 2019. En voici la version intégrale.

J’ai commencé à boire quand j’ai commencé à œuvrer dans l’industrie de la musique.

J’étais une jeune fille de Terre-Neuve incroyablement timide et introvertie à peine sortie de l’école catholique qui s’est retrouvée dans les rues de Toronto. J’étais jeune, naïve et entourée de gens que j’admirais et idolâtrais depuis toujours. J’avais le syndrome de l’imposteur.

Mon premier simple a été un succès instantané et du jour au lendemain, mon vidéoclip tournait plusieurs fois par jour à MuchMusic. J’étais habitée d’une profonde anxiété. C’est ce qui arrive lorsque votre plus grande peur est que les gens vous regardent et que vous gagnez votre vie en montant sur scène. J’étais tellement nerveuse que j’ai vomi dans une chaudière dans les coulisses de mon premier spectacle comme tête d’affiche (l’alcool n’y était pour rien). Peu de temps après, quelqu’un m’a payé un verre de téquila avant de monter sur scène, et boum ! Je venais de trouver le courage sous forme liquide. Soudainement, ma peur s’était transformée en adrénaline. J’avais trouvé la solution.

Les musiciens ne boivent pas comme les gens ordinaires. On boit avant, pendant et après nos spectacles, quand on est en congé, quand on se déplace, au bar de l’aéroport, au bar de l’hôtel, dans l’autobus, à l’arrière de notre fourgonnette, on boit quand notre spectacle est pourri, quand notre spectacle est génial, quand notre chanson joue à la radio, quand notre chanson ne joue pas à la radio, quand on est au-dessus de tout ou quand on se fait arrêter. Dans les cercles musicaux, l’alcool est à la fois le voyage et la destination.

Quand on boit, on ne sent rend pas compte que l’alcool est un voile qui étouffe notre intuition. Votre corps a beau crier « Qu’est-ce que tu fais, bordel ? Arrête de boire ! » mais votre cerveau vous dit « Wow, mon voile adore ce Rioja ». L’alcool coupe la communication entre votre cerveau, votre corps et votre esprit. Et lorsque l’on souffre de dépression et d’anxiété, comme c’est le cas de tant que créateurs, l’alcool qui vous donne l’impression d’avoir un peu plus de contrôle sur cette anxiété est en fait en train de construire un véritable bûcher autour de votre corps. Rajoutez à ça trois semaines d’innombrables heures sur la route et rien d’autre que de la bouffe de Tim Horton’s, et vous avez un désastre imminent.

J’ai pris conscience il y a environ un an que l’alcool ne m’apportait plus rien de bon. C’était assez. Jamais auparavant je n’avais entrevu cela comme une option. Sur papier, tout allait bien. Les gens me disaient « mais pourquoi arrêterais-tu de boire, je bois bien plus que toi. » C’est comme si la société nous disait que les seules raisons valides d’arrêter de boire sont le fait de se faire jeter en prison ou arrêter pour conduite avec facultés affaiblies. Mais la sobriété commence à prendre du galon. Il y a une prise de conscience collective qu’on n’a pas à boire parce qu’on a toujours bu et parce que tout le monde boit encore.

J’écris ces lignes parce que je n’ai pas vu beaucoup de gens en parler autour de moi, et chaque fois que quelqu’un en parlait, j’étais ravie. Il y a plein de musiciens sobres et très cool, croyez-moi. Je le sais parce que j’ai « googlé » cette phrase des centaines de fois depuis août 2018. Ça aide beaucoup de savoir qu’on n’est pas seul, alors j’ajoute ma voix à la chorale pour qu’elle se fasse entendre encore plus.

Outre fonder une famille, arrêter de boire a été, et de loin, l’une des meilleures choses que j’ai faites de me vie. Et je vous rappelle que j’ai chanté « Will the Circle Be Unbroken » avec Willie Nelson chaque soir pendant deux semaines en compagnie de mon groupe Shaye. Ne pas boire, c’est génial.

Je ne mentirai pas, j’ai trouvé ça très du d’arrêter.

Il a fallu que je refasse toutes les connexions nerveuses et sociales de mon cerveau. Premier spectacle sans boire, première conférence sans boire, premier voyage d’écriture sans boire, première session en studio sans boire. Il faut beaucoup de courage et de détermination pour contrer l’automatisme de boire. Je ne peux pas imaginer le combat quotidien des musiciens qui luttent contre de vraies dépendances aux drogues dures et à l’alcool. Ils doivent travailler constamment entourés des choses qui menacent leur vie même.

Je ne connais aucun autre métier où il est permis de boire tout l’alcool — gratuit, gratuit, GRATUIT ! – qu’il nous plaît, mais qu’on s’attend à ce que vous buviez, dans une certaine mesure. Malgré tout, ce fut un choc, quand j’ai arrêté de boire, de constater à quel point il y a peu d’options non alcoolisées (non, l’eau et les boissons gazeuses ne comptent pas) dans les bars et les salles de spectacle du Canada. Je crois qu’il devrait y avoir une bonne option non alcoolisée partout où les musiciens se rendent pour travailler – et oui il s’agit d’un travail, même si pour vous c’est le soir, vous vous amusez et c’est votre groupe préféré. Parfois, on a seulement envie d’avoir quelque chose dans la main qui nous permet de nous fondre dans la foule sans avoir à expliquer pourquoi on ne boit pas. Et n’oublions pas que les bières non alcoolisées sont délicieuses, goûtent exactement comme une bière normale, n’ont que 30 calories et ne vous donneront ni une gueule de bois ni une bedaine de bière.

Par ailleurs, la marge de profit des bières NA est la même, sinon plus élevée, que celle des bières normales. Les salles de spectacles et les bars n’ont besoin d’en stocker qu’une seule rangée, une seule. Je ne dis pas qu’elles devraient être le même prix que les autres bières, mais je ne m’en plaindrai pas si cela signifie que j’ai cette option.

On a parlé de l’aspect santé mentale et dépendance, mais il y a aussi l’aspect #metoo. Le mouvement #metoo a démontré avec éloquence que ne rien faire au sujet de quelque chose d’aussi horrible, ça pourrit, et si on n’agit pas rapidement, on se désintègre. Heureusement, notre industrie a ouvert le dialogue sur cette question : comment pouvons-nous réparer les choses et les prévenir afin que cela ne se reproduise plus ? Il faut regarder les faits et admettre qu’il y a un fil conducteur derrière tout ça : l’alcool. Près de 50 pour cent des agressions sexuelles comportent une quantité excessive d’alcool. On ne peut pas forcer les gens à ne boire qu’une certaine quantité d’alcool ou à agir d’une certaine façon, mais en offrant au moins une option non alcoolisée, les statistiques sur les agressions sexuelles n’augmenteront pas.

Je tiens à remercier Allan Reid, de la CARAS, et l’équipe de la SOCAN qui se sont assurés d’offrir des breuvages non alcoolisés lors des galas des prix JUNO et SOCAN, cette année. Ça peut sembler minime, mais ça crée un effet d’entraînement. J’aimerais que nous, de l’industrie, nous regroupions afin de nous assurer que tous les festivals, clubs, bars, et tous les autres endroits où les musiciens se rendent pour travailler offrent une option non alcoolisée. D’ici là, je vais continuer à faufiler mes bières NA dans les bars afin d’y avoir encore plus de plaisir qu’auparavant.

Métro en chanson

publié 06/26/2019

Par Chaka V. Grier

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, même depuis toute petite, les musiciens de métro, fournisseurs de prestations souterraines non sollicitées, me rendent perplexe et même triste. Debout sous un éclairage fluorescent brillant, ils exécutent des chansons originales ou des reprises souvent étonnamment agréables à écouter, et parfois assimilables à du karaoké de qualité douteuse. J’ai souvent évité de les regarder dans les yeux en me demandant quel intérêt il pourrait y avoir à faire de la musique dans un espace fréquenté par des gens comme nous qui, dans 99 pour cent des cas, ne cherchent qu’à aller du point A au point B le plus rapidement possible.

J’ai parfois jeté un coup d’œil – discret, bien entendu – sur leur étui de guitare rempli de monnaie. Parfois il n’y avait que quelques pièces, et c’est là que la tristesse apparaissait. Comme journaliste indépendante, je connaissais bien cette pauvreté, mais, en bonne artiste affamée, j’étais contente qu’elle soit secrète entre les quatre murs de mon compte en banque et non pas exposée aux yeux du monde entier. Mais tandis que je secouais la tête comme une maman perplexe – en me demandant pourquoi un guitariste de métro qui a l’air gentil et qui donne une interprétation pas mal convaincante de « You Got Lucky » de Tom Petty peut se mettre dans une pareille situation – j’ai été impressionnée par le nombre de musiciens qui se produisent fièrement et passionnément dans le métro malgré l’indifférence des passants et qui se contentent des quelques pièces de monnaie qu’ils leur jettent.

Éventuellement, à mesure que je me passionnais pour les émissions de téléréalité sous forme de compétition musicale, j’ai compris. Ces prestations nous transportent dans l’univers éreintant des auditions et de la quête de la célébrité, et les musiciens du métro, d’une certaine manière, sont des pionniers dans le domaine de ces brutales auditions publiques. Ils nous rappellent ces humoristes courageux qui montent en scène au risque de se faire huer et bravent l’indifférence et peut-être les railleries pour apprendre à s’adonner à leur passion pour le rire. Les musiciens du métro font preuve d’autant d’audace pour l’amour de la chanson.

J’ai bientôt cessé de mépriser les musiciens du métro et commencé à en apprécier la vraie grandeur. Sans m’en rendre compte, j’avais été témoin d’un des actes de courage les plus remarquables qu’une journaliste musicale puisse observer : des artistes sous-estimés qui amènent leurs chansons et leur art dans les espaces les plus froids, les plus agités et les plus superficiels que j’aie connus au cours de ma vie. Je n’avais pas compris à quel point le son d’un tambour métallique pouvait réchauffer une journée d’hiver pendant que je faisais la queue pour commander un café à la vanille française et deux beignes glacés au chocolat; à quel point le son agréable des saxophones, des guitares folk mélodieuses et des voix me signalait que j’étais arrivée à ma station et que je serais bientôt chez moi, ou encore retenait mon attention quand j’avais rendez-vous avec un ami qui était en retard.

Un jour, j’ai abordé un musicien bourré de talent dans la station Bloor-Yonge du métro de Toronto. Il m’a raconté qu’il avait été en nomination aux prix JUNO et s’était produit partout au Canada. J’étais en présence d’un vrai musicien! Ça m’a rendu tellement curieuse que j’ai fait une recherche sur les musiciens du métro sur Internet, où j’ai appris que les musiciens doivent passer une audition devant la Toronto Transit Commission (TTC) pour pouvoir se produire dans ces espaces. Pour ces musiciens, le métro n’est pas la scène de la dernière chance. Ils obtiennent une licence et se voient admettre dans les rares espaces qui leur sont réservés dans le métro : 75 exactement. Ce sont souvent des musiciens ambulants, de véritables artistes bohèmes qui apprennent à connaître la diversité, l’atmosphère et l’évolution des différents quartiers de la ville en faisant le tour de ces 25 espaces. La plupart ne se contentent pas de se produire dans le métro : certains enseignent, enregistrent ou font les deux.

Le programme de la TTC a récemment pris le nom d’Underground Sounds. De nouvelles stations ont été ajoutées au circuit et, pour la première fois, les musiciens peuvent passer leur audition en ligne. Dans certains espaces comme ma propre station, celle de Finch (et aussi celles de Bloor-Yonge, Spadina et Main Street), j’ai remarqué un frappant encadrement noir en vinyle qui va du mur au plancher et qui est décoré d’autocollants d’inspiration musicale. C’est un espace réservé aux musiciens qui les sépare subtilement et efficacement de nous en nous faisant comprendre que cet endroit leur appartient. Ils ont créé le mot-clic #TTCmusic en célébration de ces musiciens méconnus qui donnent un éclat brillant à des tunnels mornes et font vibrer nos heures de déplacement. Il y a quelque chose de profondément généreux chez ceux qui apportent de la joie dans des espaces qui en sont dépourvus et qui, certains jours, ne récoltent qu’une poignée de dollars pour leur peine.

Voilà donc mon hommage aux musiciens du métro entre les stations Finch et Main Street et partout ailleurs dans le métro de Toronto. Merci de votre courage artistique. Merci de rendre plus supportable une expérience de déplacement en métro qui peut être banale, parfois peu fiable et occasionnellement exaspérante. Et merci à #TTCMusic de mettre de l’entrain dans mes journées.

La puissance de s’asseoir en cercle

publié 06/11/2019

Par Howard Druckman

Le mois dernier, j’ai participé à l’édition 2019 de la Manito Ahbee Indigenous Music Conference and Awards à Winnipeg. La première chose qui m’a frappé, c’est le fait que lors de la première journée de conférence, les quelque 50 participants étaient assis en cercle. Ça peut paraître simpliste, mais c’est incroyablement puissant comme idée.

Ça permet de placer le modérateur et les cinq ou six experts invités au même niveau non hiérarchique que les musiciens qui se sont déplacés pour obtenir ces informations utiles. Cinq ou six microphones sont librement passés aux participants qui souhaitent poser une question. Chaque question trouve un ou plusieurs réponses de la part des experts et même des autres participants. Tout le monde et bienvenu, tout le monde peut voir tous les autres participants, tout le monde peut se faire entendre et tout le monde — du débutant à l’expert — peut partager son point de vue.

Lors de la deuxième journée de conférence, le format était légèrement différent : une table ronde et huit chaises où chaque participant a son micro, et cette table est entourée d’un plus grand cercle où sont assis tous les autres participants. Sans sujet prédéterminé, les participants aussi au centre discutent des questions ou stratégies qui leur passent par la tête, et quiconque est assis dans le grand cercle peut aller s’asseoir au centre pour s’exprimer à mesure que les participants au centre retournent s’asseoir dans le grand cercle. Ici aussi, tout le monde a la chance de s’exprimer et l’information circule librement.

Ces deux approches sont les plus efficaces qu’il m’ait été donné de voir afin de favoriser le partage des connaissances en direct dans le cadre d’une conférence. Elles sont pratiquement révolutionnaires, surtout lorsqu’on les compare avec l’approche habituelle de la majorité des conférences musicales.

Presque toutes les autres conférences auxquelles j’ai participé au cours des trente dernières années utilisaient le format où plusieurs experts et un modérateur sont sur scène et discutent devant un auditoire. La période de questions qui suit dure cinq minutes, parfois moins. Puis, les participants dans la salle se précipitent vers la scène dans l’espoir de pouvoir poser une ou deux questions, et à pei trois ou quatre réussiront. Même lors d’entrevues en tête-à-tête, chaque musicien n’a droit qu’à environ 5 minutes avec chaque expert et ils sont les seuls à recevoir ces connaissances qui ne sont pas ainsi partagées avec le plus grand nombre. Tout ça n’est vraiment pas aussi efficace que l’autre approche.

Il y a beaucoup de leçons à tirer de la manière dont fonctionne la communauté musicale des Premières Nations, et j’ai hâte qu’on s’y mette. Commençons donc par nous asseoir en cercle.

Drake : plus qu’un rappeur

publié 03/29/2017

Par Howard Druckman

Après les Grammy Awards 2017, où « Hotline Bling » a remporté le trophée de la meilleure performance rap/chantée et celui de la meilleure chanson rap, Drake a déclaré, sur les ondes de la radio OVO Sound d’Apple Music : « On me qualifie d’artiste noir, comme hier soir [aux Grammys], je suis un artiste noir… Apparemment, je suis un rappeur, même si “Hotline Bling” n’est pas une chanson rap ». Il se retrouve catalogué comme artiste rap même si « Hotline Bling » est réellement une chanson pop.

À tout dire, Drake a des goûts musicaux remarquablement éclectiques. Sur sa nouvelle « playlist » (qui est en fait un album) intitulée More Life, on peut entendre des échantillonnages de Lionel Ritchie (« All Night Long »), Earth Wind & Fire (« Devotion »), du DJ sud-africain Black Coffee (« Superman »), de l’artiste australien Hiatus Kaiyote (« Building a Ladder ») et même un petit extrait du thème musical du jeu vidéo Sonic the Hedgehog. Il y explore des genres musicaux tels que l’afrobeat, le grime, la musique arabe en plus de poursuivre son exploration des styles musicaux caribéens comme le dancehall, le trap et d’autres qu’il nous a présentés (ainsi qu’au monde entier) sur VIEWS.

Drake est un avide auditeur, et porte-étendard, de tous les styles musicaux. Prenez l’exemple de son travail de curateur pour l’accompagnement musical d’une exposition d’œuvres d’artistes afro-américains des 70 dernières années présentée par la galerie d’art Sotheby’s S|2 : on y retrouvait entre autres la pièce « 32-20 Blues » du pionnier du genre, Robert Johnson. Ce qui est encore plus étonnant, c’est que Drake affirme qu’il écoute cette chanson avant chacun de ses spectacles, parce que « c’est comme ça que je me prépare. »

Un autre bon exemple de cet éclectisme est l’échantillonnage qui est au cœur de « Hotline Bling », tiré d’une pièce de Timmy Thomas — « Why Can’t We Live Together? », le seul succès de cet artiste — parue en 1972, une chanson au tempo plutôt lent qui plaide pour la paix dans le monde. Drake serait tombé amoureux de cette chanson après que son bras droit et réalisateur Noah « 40 » Shebib lui ait fait découvrir. Dans une entrevue accordée à Nardwuar, qui lui a fait entendre un message de remerciement de Thomas, Drake a répondu : « je veux le remercier d’avoir fait cette incroyable musique du temps qu’il faisait de la musique. Et surtout d’avoir créé quelque chose d’intemporel, parce que c’est très difficile, et pas juste quelque chose qui vous touche encore des années plus tard, mais quelque chose qui est tellement bon qu’on peut en prendre un petit bout et faire quelque chose d’autre avec. Ça prend une création réellement exceptionnelle. »

Mais l’un des exemples les plus remarquables entre tous fut cette brève fuite en ligne d’une pièce où Drake chantait un couplet de la pièce « These Days » une ballade aussi triste que magnifique que l’auteur-compositeur-interprète Jackson Browne avait écrite pour la chanteuse de Velvet Underground, Nico, en 1967. Drake a fait équipe avec Babeo Baggins de Barf Troop afin de l’enregistrer pour un EP de reprises. « C’est bien simple, “These Days” est ma chanson préférée », avait alors déclaré Baggins au magazine Fader. « Je l’ai partagée avec mon ami qui ne l’avait jamais entendue avant. Il l’a beaucoup aimée, il a dit que c’était vraiment une grande chanson. » La version non autorisée de Drake a depuis belle lurette été retirée d’Internet et Baggins ne l’a pas publiée, mais vous pourrez tout de même entendre la version de 1973 par Nico ici.

Peut-être que c’est parce qu’il écoutait les disques dans la collection de son père, lorsqu’il était plus jeune. Peut-être qu’il a tout simplement l’esprit très ouvert, musicalement. Peut-être qu’il se lasse facilement et qu’il a constamment besoin d’explorer. Peut-être un peu de tout ça. Mais peu importe la raison, Drake est en contact avec toutes sortes de musique, et c’est pour cette raison que sa propre musique est si solide.

Pourquoi les auteurs-compositeurs canadiens sont-ils les meilleurs?

publié 12/1/2014

Par David McPherson

Un auteur-compositeur et ami a écrit : « La plupart de mes amis sont partis /  Leurs chansons, des dollars les ont remplacées ». Quand je pense aux auteurs-compositeurs canadiens, ces vers résonnent pour moi car la plupart, au contraire, n’ont pas abandonné. Bien sûr, bon nombre se sont trouvé un autre emploi (ou même deux) pour gagner de quoi vivre, mais la majorité continue d’avancer avec peine sur la route imprévisible et d’une carrière d’auteur-compositeur. Pourquoi? Comme un autre auteur m’a dit récemment : « Je ne sais rien faire d’autre. » Et la vie des Canadiens est bien plus riche grâce aux cadeaux qu’ils nous offrent par le biais de leurs paroles et de leur musique.

Nous connaissons les plus grands, tous membres de la SOCAN : Leonard Cohen, Bruce Cockburn, Luc Plamondon, Gordon Lightfoot, Serge Fiori, Joni Mitchell, Robert Charlebois, Gord Downie, Bachman & Cummings, Ian & Sylvia, Cuddy & Keelor et plus récemment, City & Colour, Tegan & Sara, Louis-Jean Cormier, Drake, Julien Mineau, Serena Ryder, Shad et deadmau5, parmi tant d’autres. Nous avons une foule de talents de la chanson dans notre pays. Plusieurs ont remporté des prix JUNO, de l’ADISQ et des prix SOCAN, certains ont été intronisés au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, d’autres ont été décorés de l’Ordre du Canada. Et pour chacun, il y en a des centaines de plus qui écrivent de magnifiques chansons. Rien d’étonnant que la SOCAN compte plus de 120 000 membres.

Qu’est-ce qui rend leurs chansons si belles? La fierté et la passion qu’ils mettent dans leur art. Leur habileté à nous raconter notre pays, à disséquer l’histoire de notre nation ou à démêler les éternels mystères du cœur et de l’âme canadienne. Je vois aujourd’hui de nombreux artisans de la chanson, hommes et femmes, jouer dans diverses salles de Toronto tous les soirs de la semaine, à essayer leur œuvre auprès de qui veut bien entendre. Une bonne chanson peut donner du courage dans des temps troublés, de la joie dans les moments de désespoir, faire réfléchir par ses paroles ou nous amener à chanter en cœur. On trouve une véritable quintessence d’hymnes canadiens : pensez à « Bird on the Wire » de Leonard Cohen, « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo, « Un Gars Ben Ordinaire » de Robert Charlebois, « Early Morning Rain » de Gordon Lightfoot, « Mon Pays » de Gilles Vigneault et « Both Sides Now » de Joni Mitchell, pour n’en nommer que quelques-uns.

C’est un cliché de dire que les auteurs-compositeurs canadiens sont en accord avec la nature à cause des grands espaces de notre pays, mais la racine de cette idée est pourtant vraie. Ces espaces, nos villes, nos durs hivers et nos été chauds façonnent notre personnalité nationale, et créent le genre de métaphores mémorables dans lesquelles tant de Canadiens se reconnaissent. Pensez à ces mots de Joni Mitchell : « Je rêve d’une rivière sur laquelle je pourrais patiner », tirés de sa chanson « River », de l’immensité du pays qu’ont dépeint Ian & Sylvia dans « Four Strong Winds », ou à la neige qui tombe dans les eaux profondes et silencieuses du Lac Ontario dans « Hasn’t Hit Me Yet » de Blue Rodeo. Qui aurait pu mieux saisir l’essence des grands froids du Nord que Stan Rogers dans « Northwest Passage »? Ou le plaisir de vivre dans une ville de manufacture canadienne mieux que Stompin’ Tom Connors dans « Sudbury Saturday Night »? Ou les vagabondages de la route au retour d’une grande ville vers son village natal mieux que les Guess Who dans « Running Back to Saskatoon »?

Les auteurs-compositeurs canadiens ne craignent pas non plus les chansons politiques et engagées. Les exemples sont innombrables. La chanson contre la guerre « Universal Soldier » de Buffy Sainte Marie, qui a été un succès pour l’auteur-compositeur et interprète britannique Donovan dans les années 60; « If I Had a Rocket Launcher » de Bruce Cockburn qui exprime toute l’impuissance de l’action politique; « Wheat Kings » de Tragically Hip qui raconte l’histoire de David Milgaard, accusé à tort d’enlèvement et de meurtre, puis libéré après avoir passé vingt ans en prison; et « Wavin’ Flag » de K’NAAN un hymne d’espoir et d’inspiration pour les peuples opprimés.

Des artistes des quatre coins du monde ont enregistré des chansons nées du talent de nos auteurs-compositeurs. Par exemple, « Hallelujah » de Cohen est l’une des chansons les plus reprises dans l’histoire, ayant été enregistrées plus de 300 fois. Les chansons de Lightfoot – qui ont remporté quinze prix Classiques de la SOCAN, parmi de nombreuses autres réalisations – ont été reprises par Elvis Presley, Barbra Streisand, Johnny Cash, Sarah McLachlan et Bob Dylan, qui considère Lightfoot comme l’un de ses auteurs-compositeurs préférés. Les chansons de nos auteurs-compositeurs se retrouvent dans d’innombrables films et émissions de télévision.

Les auteurs-compositeurs du Canada ont aussi écrit et coécrit des succès monstre pour les autres dans une grande variété de genres, et leur réussite sur la scène mondiale continue de croître. Prenez « Rhythm of My Heart » de Rod Stewart,  coécrite par Marc Jordan et John Capek, choisie pour inaugurer les Jeux 2014 du Commonwealth en Écosse; « You Raise Me Up » de Josh Groban,  coécrite par Thomas « Tawgs » Salter; « Rich Girl » de Gwen Stefani, coécrite par Chantal Kreviazuk, qui a également coécrit avec ses confrères de la SOCAN Adam Messinger et Nasri Atweh de MAGIC! « Feel This  Moment », un succès mondial de dance interprété par Pitbull et en vedette Christina Aguilera. Le très fier membre de la SOCAN Stephan Moccio a coécrit l’un des plus grands succès à travers le monde, « Wrecking Ball » de Miley Cyrus.

À en juger par le collectif d’auteurs que j’en suis venu à connaître – et parfois à interviewer en tant que rédacteur pigiste pour diverses publications, dont Words + Music de la SOCAN – il n’y a aucune raison de croire que notre influence fléchira dans les années à venir. Au contraire, le nombre de membre auteurs-compositeurs de la SOCAN qui ont reçu des redevances de l’extérieur du Canada a doublé de 2007 à 2012.

Faut-il encore démontrer que les auteurs-compositeurs canadiens sont les meilleurs au monde? Allez ce soir dans l’un de vos établissements locaux qui présente de la musique en direct et écoutez-les. Écoutez leur musique. Absorbez leurs paroles. Et soyez heureux de vivre dans une pays qui déborde des meilleurs talents en chanson au monde.