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L’inventivité canadien remplace l’isolement par l’adaptation

publié 06/24/2020

Par Howard Druckman

Il y a maintenant plus de trois mois que les instructions des responsables de la santé publique nous condamnent à l’auto-isolement en réponse à la propagation du virus de la COVID-19. Les 100 derniers jours n’ont pas été faciles pour celles et ceux qui font de la musique.

À une époque où l’écoute de la musique en ligne est devenue la norme et où les taux de redevances d’exécution sont au plus bas, les spectacles en direct sont le refuge le plus sûr des créateurs de musique désireux de continuer à gagner leur vie. Depuis que les salles ont été contraintes à fermer leurs portes, les musiciens se sont tournés vers les plateformes de diffusion en ligne pour survivre – qu’il s’agisse d’offrandes, de vente de billets ou de redevances du programme Encore! de la SOCAN.

Même si les règles commencent à s’assouplir dans certaines régions du pays, la première vague n’est pas encore terminée, et nous vivons sous la menace d’une seconde vague, ce qui veut dire que la rareté des spectacles en direct pourrait durer plus longtemps que prévu.

La bonne nouvelle, c’est que l’inventivité des Canadiennes et des Canadiens remplace l’isolement par l’adaptation. Une poignée de musiciens ont mis leur créativité au service de la découverte de façons sécuritaires de présenter des concerts en direct en pleine pandémie. La nécessité est la mère de l’invention, et certaines des solutions qui ont vu le jour dernièrement sont franchement élégantes.

Concerts organisés dans un ciné-parc. Le premier projet canadien de concert organisé dans un ciné-parc  dont j’ai entendu parler a été celui de la formation québécoise 2 Frères. Ce fut ensuite le tour de July Talk et de Brett Kissel, puis du RBC Bluesfest avec le CNA à Ottawa. Écouter de la music en direct en toute sécurité dans votre auto me semble être un excellent compromis. J’aime l’idée que ça donne une seconde vie aux ciné-parcs, dont on se souvenait avec une certaine nostalgie. Un concert rock présenté depuis le toit d’un immeuble devant un terrain de stationnement rempli d’autos était également prévu à Prince George, en Colombie-Britannique. Dans la même veine, une nouvelle organisation appelée Hotels Live lance la toute première série de concerts de balcon d’hôtel au Canada, initiative qui rappelle le concert présenté à Montréal par Martha Wainwright sur un balcon.

Mini-concerts. Les musiciens peuvent se produire en toute sécurité devant des auditoires d’une personne ou de deux, trois ou quatre membres d’une même famille à la fois. Le Festif! de Baie-Saint-Paul (Charlevoix, Québec) a entrepris une série « tournée des portes » dans le cadre de laquelle il chantait une chanson devant une maison, puis une autre devant celle du voisin. Matt Masters, de Calgary, vend des billets pour des concerts sur le trottoir présentés à partir du toit de sa mini-fourgonnette devant des maisons de fans. Son concitoyen Michael Bernard Fitzgerald accueille dans sa cour arrière des auditoires de quatre spectateurs à la fois dans le cadre de mini-concerts.  À Esquimalt, en Colombie-Britannique, Jeff Stevenson se tient sur la rive de la Gorge Waterway pour faire une sérénade à des groupes de personnes qui passent en bateau. Stéphanie Bédard, au Québec, fait quelque chose de similaire avec son « Tour des lacs ». Les Dear Criminals de Montréal ont présenté 72 prestations en direct d’une chanson chacune en trois jours au Cabaret du Lion d’Or devant des auditoires de deux personnes à la fois.

Scènes mobiles. Les musiciens peuvent effectivement faire des tournées en apportant leur scène avec eux afin de respecter les règles de distanciation physique. Michael Bernard Fitzgerald se propose d’entreprendre à l’automne une tournée des fermes canadiennes devant des auditoires de 10 personnes par soir à partir de la « Greenbriar », une scène en plein air qu’il a construite. Dans le même ordre d’idées, le Io Project est une scène mobile « anti-COVID » qui permet aux artistes de se produire en direct devant jusqu’à 250 spectateurs regroupés par grappes de deux à quatre personnes et isolés par des feuilles de plaxiglass.

Autres idées

* Pourquoi pas une série de concerts de cour intérieure dans le cadre desquels les musiciens se produiraient dans la cour d’immeubles résidentiels sélectionnés pendant que les locataires écoutent leur musique en toute sécurité sur leur balcon?
* Ou, à l’inverse, en répartissant les membres d’un groupe sur plusieurs balcons d’un immeuble résidentiel et en les faisant jouer à distance devant un public confortablement installé plus bas dans la cour intérieure?
* On pourrait engager des musiciens individuels pour se balader à intervalles réguliers dans des sentiers pédestres ou des parcs publics, à une distance réglementaire, afin de distraire les gens qui prennent de l’exercice à l’extérieur durant la pandémie et de rendre leurs sorties encore plus agréables.
* Les municipalités de partout au pays pourraient permettre aux restaurants d’accueillir des artistes sur leur terrasse pour ajouter une note de gaieté à leurs repas en plein air (même si la Ville de Toronto en a dernièrement décidé autrement en assouplissant les règles liées à la pandémie).
* Pourquoi ne pas permettre la présentation de spectacles dans des kiosques de parcs publics où une distanciation sociale (modérément appliquée) est observée?

Ces façons intelligentes de s’adapter prouvent qu’il est encore possible de songer à de nouvelles manières de se présenter en spectacle en espérant que d’autres idées brillantes soient mises à exécution. Un grand merci à celles et ceux qui découvriront de nouvelles façons géniales de nous rapprocher un peu plus des joies de la musique en direct.

À propos de Howard Druckman

COVID-19 : vers des jours meilleurs

publié 04/2/2020

Par Alan Cross

Un soir du début de l’an 1348, un rat détalait dans une rue de Florence, en Italie. Ce rat était un passager clandestin dans une charrette transportant des biens depuis le port de Livourne. Peut-être s’était-il caché dans le cargo d’un navire arrivant de Grèce, de Crimée ou d’une lointaine destination encore plus à l’est.

Mais ce rat était lui-même le vaisseau d’autres passagers clandestins : des puces infectées par la bactérie Yersinia pestis, à l’origine de la peste bubonique. L’absence quasi totale de mesures sanitaires et d’hygiène à Florence permettra à la population de rats d’exploser et, conséquemment, aux cas de peste noire également.

À la fin de cette année, Florence était devenue l’épicentre d’une pandémie. En à peine trois ans, 50 000 personnes — la moitié de la population de la ville — ont perdu la vie.

Une chose étrange s’est néanmoins produite. La peste a changé la vision du monde de l’humanité entière. Les gens ont remis leur propre existence et la réalité même en question. Les gens ont commencé à réfléchir à leur situation en tant qu’êtres vivants plutôt que de placer l’église et la promesse du paradis au centre de leurs vies. Cette nouvelle attitude que nous avons depuis baptisée humanisme finira par dominer le discours des érudits, des intellectuels et des artistes.

Ce changement radical de philosophie donnera naissance à la Renaissance, une époque qui a vu l’Europe du Moyen-Âge entrer dans l’ère moderne. Florence — et l’Italie en entier — est entrée dans une période qui nous a donné d’innombrables œuvres d’art dans le domaine de la peinture, de l’architecture et de la poésie, notamment. D’ailleurs, le terme « mort noire » (mors nigra, ne latin) a fait son apparition dans un poème écrit en 1350 par l’astronome belge Simon de Covino.

Il va sans dire que le domaine de la musique a également été bouleversé.

Après des siècles de création musicale articulée autour de l’accord pythagoricien, un nouveau langage musical axé sur la polyphonie était en émergence. La presse typographique — une invention de la Renaissance — a permis de disséminer les partitions musicales d’un bout à l’autre du continent. Les premières vedettes de la musique — compositeurs et interprètes — ne tardèrent pas à voir le jour.

Faisons maintenant un bond de quelques siècles vers le futur. Pendant que la population mondiale se remettait de la peste noire, l’Europe fut frappée par d’autres épisodes de peste. Henry VIII a passé un certain temps en confinement volontaire en raison d’une épidémie de suette en 1529. Une autre grande épidémie frappera Londres au début des années 1600.

Et une fois encore, ces périodes d’anxiété extrême ont donné naissance à de grandes œuvres d’art. En 1606, Shakespeare écrira King Lear, Macbeth et Antoine et Cleopatra. Au même moment, des compositeurs comme Bach, Vivaldi et Haendel entreprirent des expériences musicales qui devinrent le mouvement baroque, un mouvement musical qui influencera la musique pendant des siècles.

Faisons un autre bond de quelques siècles. Fin 19e et début 20e siècle, l’une des villes les plus insalubres du monde était La Nouvelle-Orléans. La chaleur, l’humidité, les marécages et l’influx constant de navires en provenance du golfe du Mexique, des Carraïbes et d’un peu partout à travers le monde en feront une plaque tournante pour des maladies comme l’influenza — une pandémie de la maladie en 1889-90 a tué au moins un million de personnes —, le choléra, l’encéphalite, la fièvre jaune et, encore une fois, la peste bubonique. Malgré cela, La Nouvelle-Orléans trouvera les ressources pour inventer le ragtime et le jazz, la forme dominante de musique en Amérique du Nord pendant la première moitié du 20e siècle.

Lorsque le jazz s’est répandu aux quatre coins du monde dans les années 1920, il y a lieu de se demander si c’était une réaction de joie dans la foulée de la fin de la première Grande Guerre ou dans la foulée de la fin de la pandémie de grippe espagnole de 1918-1920. Sans doute un peu des deux.

Prenons encore l’exemple de la crise du SIDA/VIH de la fin du 20e siècle. Pensez à la quantité phénoménale d’œuvres remarquables — musique, théâtre, romans, films, chorégraphies, et j’en passe — qui a été inspirée par cette pénible époque.

Maintenant, prenez un instant pour réfléchir à ce qui se passe aujourd’hui. Les temps sont sombres pour l’industrie de la musique. Personne n’est en tournée. Les salles de spectacles sont fermées. Les ventes de musique sont à leur plus bas niveau depuis les années 60. Même la diffusion en continu est en baisse, vraisemblablement parce que les gens se tournent vers d’autres formes de divertissement pendant leur confinement. Les musiciens, leurs équipes techniques, les promoteurs, agents, gérants — tous les gens associés de près ou de loin à l’art et aux affaires musicales — ont vu leur façon habituelle de travailler complètement chambardée.

Mais ça ne veut pas dire qu’il n’en ressortira rien de bon. Les artistes ont déjà trouvé des façons créatives de rejoindre leur public sur diverses plateformes de diffusion en direct. D’autres profitent de ce temps pour créer, expérimenter et enregistrer. Combien de jeunes, ne sachant quoi faire d’autre, ont finalement ramassé cette guitare ou se sont assis au piano et se sont découvert un talent inné pour la musique ? Certaines entreprises ont mis gratuitement à la disposition de tous des applis de synthés afin que les gens puissent s’amuser. Qui sait ? Cela pourrait déboucher sur quelque chose d’incroyablement bon et inattendu ! Je parie que ce sera le cas.

Quand tout ça sera derrière nous, on pourrait bien se retrouver avec encore plus d’excellente musique que ce qu’on pourrait penser. L’automne 2020 et les premiers mois de 2021 pourraient fort bien être une période très excitante. Et même si les concerts virtuels et les diffusions en direct se poursuivent, notre société aime être présente physiquement lorsque des œuvres d’art sont présentées publiquement. Les spectacles et les tournées reprendront de plus belle.

D’ici là, je suggère à tous les artistes de tenir un journal quotidien. Notez tout ce que vous ressentez et toutes vos observations sur l’actuelle condition humaine. Documentez ce qui se passe à votre façon bien personnelle. Qui sait quelles percées créatives en ressortiront ?

Mais avant toute chose, tenez bon. Demeurez en sécurité et protégez votre santé. Concentrez-vous sur ce que vous faites le mieux. Si le passé est garant de l’avenir, cette période anxiogène débouchera sur de grandes œuvres d’art. Et l’une d’elles sera peut-être la vôtre.

À propos d’Alan Cross

Ne serait-ce pas merveilleux si CBC Music/Ici Musique diffusait la musique canadienne?

publié 03/18/2020

Par David Myles

Les textes publiés sur le blogue Musique. Monde. Conntectés. de la SOCAN reflètent les opinions de leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement les opinions de la SOCAN.

Je venais tout juste de terminer ma balance de son et je profitais d’un bon souper avant de monter sur scène lorsque le présentateur de la soirée nous a annoncé que le gouvernement du Nouveau-Brunswick avait interdit les rassemblements de plus de 150 personnes.

Notre concert a donc été annulé, tout comme le reste des spectacles qui étaient prévus au cours des deux prochains mois. Je n’étais pas le seul ; tous les musiciens que je connais se sont retrouvés dans la même situation. C’était partout.

Les tournées sont notre principale source de revenus. Sans cette source de revenus, toutes les autres sources de revenus prennent une importance capitale.

C’est en lisant les publications en ligne de tout ce monde que ça m’a frappé : et si CBC Music/Ici Musique ne jouait que des contenus canadiens au cours des deux prochains mois ? Ça semble une façon simple, directe et facile de faire une grosse différence.

L’infrastructure est en place pour que la SOCAN collecte ces redevances et pour que la CBC Music/Ici Musique programme de la musique 24 heures par jour.

Le mandat de la CBC Music/Ici Musique est déjà de soutenir la musique canadienne/franco-canadienne, de faire preuve d’engagement envers celle-ci et leurs animateurs aiment déjà notre musique. Diffuser des contenus canadiens 24 heures par jour pourrait faire connaître aux gens de la musique canadienne/franco-canadienne qu’ils ne connaissent pas encore.

Cela pourrait être bénéfique pour tous les artistes canadiens de tous les horizons, autant des musiciens qui ont dû annuler une tournée des clubs que quelqu’un comme Jesse Reyez qui allait assurer la première partie d’une des plus importantes tournées mondiales en compagnie de Billie Eilish. Imaginez à quel point elle était investie dans cette tournée avec tous les produits dérivés qu’elle a sûrement fait produire, par exemple.

Si la CBC Music/Ici Musique posait un tel geste, cela ferait une réelle différence dans la vie de plein de musiciens canadiens/franco-canadiens. C’est une opportunité incroyable.

C’est le moment ou jamais de soutenir notre communauté créative.

À propos de David Myles

Le coronavirus frappe l’industrie canadienne de la musique

publié 03/13/2020

Par Howard Druckman

Nous sommes un vendredi 13 et, hier, le Canada a lancé ses efforts les plus soutenus et malheureusement grandement nécessaires afin de répondre rapidement à l’intensification de la menace représentée par COVID-19, le coronavirus. Les JUNOs ont été annulés, la LNH a suspendu sa saison indéfiniment et le premier ministre Justin Trudeau s’est placé en isolation volontaire parce que son épouse Sophie Grégoire a testé positif pour le virus. L’Ontario a fermé toutes les écoles publiques pour une période de deux semaines après la semaine de relâche, la LMB a annulé son camp d’entraînement, les Canadian Folk Music Awards ont également été annulés, et plus encore.

L’annulation des JUNO, bien que nécessaire, a frappé particulièrement durement la communauté musicale canadienne. Les artistes en nomination ont perdu, du moins pour l’instant, leur chance d’être reconnus à l’échelle nationale pour leur travail, tandis que certains artistes moins connus qui devaient donner une prestation durant le gala télédiffusé ont perdu une chance en or de se faire connaître du grand public, sans parler de tous les artistes qui devaient jouer durant le JUNOfest qui n’auront pas la chance de se présenter aux membres de l’industrie dans les bars et les clubs de la ville hôte. Tout ça est sans parler des pertes immenses pour tous les gens qui œuvrent dans l’écosystème de l’événement — les employés des lignes aériennes, hôtels, bars, restaurants, compagnies de taxi, programmes de covoiturage, salles de spectacle, et ainsi de suite, de Saskatoon.

Mais pis encore, les regroupements intérieurs de plus de 250 personnes ont été interdits ou découragés, avec raison, afin de stopper la propagation du virus. Les deux prochaines semaines seront très difficiles pour les musiciens en tournée qui devaient jouer dans des salles de cette capacité ou plus. SXSW et Coachella ont également annulé leurs événements et d’importants promoteurs comme Live Nation, AEG Presents et Evenko ont annulé ou reporté leurs tournées. De nombreux artistes canadiens — de Glorious Sons à The Weeknd en passant par Devin Townsend et Jessie Reyez (qui assure la première partie de Billie Eilish) — ont dû reporter ou annuler certains de leurs concerts au moins jusqu’à la fin mars. Cela ne fait pas mal uniquement aux artistes, mais aux salles également, et l’onde de choc se fait sentir jusque dans les écosystèmes locaux.

Tout semble indiquer qu’un grand nombre de Canadiens vont demeurer à la maison au cours des prochaines semaines, tant pour se protéger que pour réduire la propagation du virus. Les petits rassemblements sont encore considérés sécuritaires dans la mesure où les mesures de précaution de base comme le lavage des mains et le maintien d’une certaine distance entre les gens sont respectées.

Je suggère donc, pour les deux prochaines semaines, que nous encouragions — avec prudence et de manière sécuritaire — les petites salles de spectacles où se produisent nos musiciens locaux qui sont ceux qui ont le plus besoin de nous en ce moment. J’habite à Toronto et il y a un grand nombre de ces petites salles : Tranzac Club, 120 Diner, Cameron House, Drom Taberna, Dakota Tavern, etc. Vous qui lisez ceci connaissez sans aucun doute les petites salles de votre ville qui ont besoin de votre soutien.

Si vous n’êtes pas à l’aise de sortir ou que vous avez vous-même dû vous isoler volontairement, je vous invite à vous rendre sur la page Bandcamp de votre groupe local préféré pour acheter un t-shirt, un exemplaire vinyle en édition limitée de leur album ou un autre achat qui mettra un peu d’argent dans leurs poches. Leonard Sumner, un musicien de Winnipeg, a eu une excellente idée qu’il a partagé sur Facebook ; il a demandé à ses fans de lui faire part de leur intérêt pour un concert sur Facetime. Peut-être blaguait-il à moitié, mais les « concerts virtuels » pourraient bien être une façon valide d’aider ces musiciens durant cette crise.

La musique vous aidera à vous calmer si vous êtes coincés chez vous pour une longue période. Si tout le monde écoute ou télécharge sa musique préférée à longueur de journée pendant plusieurs jours, cela se traduira par d’autant plus de redevances pour les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.

C’est à nous de soutenir nos musiciens de toutes les façons possibles afin qu’eux aussi puissent traverser les prochaines semaines, voire les prochains mois, en attendant que les choses rentrent dans l’ordre.

« Streaming » stratégique

publié 02/26/2020

Par Chaka V. Grier

Écoutez-vous vraiment vos artistes préférés ? J’entends par là une écoute intense sur de longues périodes. Écouter le même morceau comme si votre amoureux venait tout juste de vous quitter et que « streamer » « Someone Like You » d’Adele sans relâche était la seule façon de vider votre corps de toutes ses larmes.

Nous avons tous une trame sonore pour notre vie. Ces chansons qui définissent intimement une phase, un moment ou une routine que vous repensez immédiatement à ce moment dès que vous entendez cette pièce. Lors d’un voyage au Costa Rica, j’ai créé une liste d’écoute qui ne contenait que « Alien (Anything Like It, Have You?) » de Laura Sauvage et « Hurt You » par The Weeknd. Deux ans plus tard, chaque fois que j’entends une de ces chansons, je suis transportée dans ce bus mal éclairé qui dévale d’étroites routes à toute vitesse tandis qu’une pluie torrentielle assombrit prématurément le ciel.

Récemment, j’ai transformé ce genre d’écoute dédiée — et organique — en « streaming stratégique » dont l’objectif est de soutenir les artistes, surtout les moins connus. Tout comme le « streaming » organique, le « streaming stratégique » est un type d’écoute intense où l’on écoute la même chanson ou le même album 10 jours d’affilée – quand on a du WiFi, on peut. Je fais délibérément ça pour donner une poussée à une chanson qui est sous-appréciée ou pas assez jouée. Je fais ça parce que le « streaming » est de plus en plus puissant et qu’il est fondé sur des algorithmes qui jouent en faveur des géants de la musique et non pas en faveur des nouveaux venus ou des artistes moins connus. C’est un combat de type David contre Goliath et l’immense pile d’argent est dans la cour de Goliath.

Il y a quelques semaines, Selena Gomez est devenue la tête d’affiche de ce que le « streaming stratégique » peut avoir l’air entre les mains de Goliath lorsqu’elle a mis une vidéo en ligne sur Instagram où on la voit, en compagnie de ses amis, voletant d’un magasin à l’autre pour acheter toutes les copies se son propre album Rare afin d’en mousser les ventes. Et comme si ce n’était pas suffisant, elle a demandé à son armée de fans sur Instagram de « streamer » son album le plus possible afin de le faire grimper dans le palmarès. Ils l’ont écoutée et il s’est instantanément retrouvé en première position du palmarès Billboard. Mais le succès de cette campagne a, semble-t-il, laissé un goût amer dans la bouche de Gomez. « Je me suis sentie embarrassée de vous avoir demandé de “streamer” mon album aussi souvent », écrivait-elle plus tard dans un billet célébrant cette réussite. « Ça sonne faux. » Pourtant, cela a fait d’elle la première femme de la nouvelle décennie à avoir un album en première position, sans parler du chèque qui accompagne une telle réussite.

Mais soyons honnêtes, elle n’est pas la seule. Justin Bieber a été accusé de faire la même chose pour sa pièce « Yummy ». Taylor Swift a réussi à empêcher le groupe Tool de prendre la première position en demandant à ses fans de stratégiquement « streamer » son album Lover. Je présume qu’il y a des tonnes d’artistes qui utilisent la même stratégie pour gonfler leurs chiffres. Il s’en trouve pour dire que c’est précisément à ça que sert une armée d’admirateurs. Certes, mais quand cet outil est utilisé de manière aussi agressive, cela fait mordre la poussière aux artistes moins connus qui ne disposent pas d’une armée de fans, d’une machine de promotion et de géants de l’industrie avec les moyens financiers de faire pencher ces algorithmes en leur faveur.

Et parlant d’algorithmes, ils ont un rôle important à jouer dans ce qui vous est proposé « au hasard » en plus d’aider à déterminer ce qui est populaire ou même qui aura une chance d’être découvert et entendu. Plus de visibilité et de découvrabilité se traduit par un auditoire plus vaste et la route vers le succès ; c’est pour ça que ce que nous entendons et ce que nous n’entendons pas est important. À l’instar de l’ingrédient secret dans une sauce, seuls les gens derrière ces plateformes connaissent les ingrédients de ces algorithmes. Et contrairement à Instagram ou Twitter, « profiter » du système — en apprenant quand publier, quoi publier et les mots-clics à utiliser — est beaucoup plus difficile sur les plateformes de « streaming ».

Il est important de souligner que dans un récent rapport publié par le groupe d’examen du cadre législatif en matière de radiodiffusion et de télécommunications, il est recommandé que le gouvernement du Canada dépose un nouveau cadre législatif qui oblige les entreprises de diffusion en continu de contribuer à la création de contenus canadiens. Comme les choix des consommateurs sont guidés par ces algorithmes, le rapport recommande également d’imposer des obligations de découvrabilité afin d’assurer que les contenus canadiens soient visibles et faciles à trouver. Dans la foulée de ce rapport, les organisations de droits musicaux canadiennes sont allées à la rencontre des services de diffusion en continu afin de promouvoir des algorithmes qui mettent les artistes canadiens au premier plan.

Mais cela ne signifie pas pour autant que les artistes moins connus en profiteront. Sans une armée pour les soutenir, nous, qui avons à cœur la croissance organique, devons combattre le feu par le feu. Cela veut dire acheter des exemplaires physiques de leurs albums. Aller voir des spectacles. Acheter des produits dérivés lors de ces concerts. Et cela passe également par le « streaming » stratégique. Dès que vous avez accès à un signal WiFi gratuit, choisissez un artiste dont vous aimez ou respectez le travail, utilisez le mot-clic SSD (pour Strategic Stream Day) et jouez leur chanson ou leur album sans relâche.

Et n’allez pas croire que ce sont des exécutions « par pitié », bien au contraire. Le « streaming » stratégique célèbre et soutient les artistes moins connus qui créent la musique qu’on aime. N’oubliez pas que cette musique « moins connue » est différente pour chacun de nous, ce qui rend l’exercice plus aléatoire et amusant. Depuis que je pratique le « streaming » stratégique, j’ai ajouté des milliers d’écoutes à de nombreuses chansons. J’ai suivi l’évolution du nombre de ces écoutes au fil des jours et je choisis volontairement une chanson en particulier sur laquelle me concentrer, ce qui facilite le suivi du progrès de cette pièce vers la liste des plus écoutées.

Je ne me concentre pas que sur des artistes émergents ; il y a des artistes qu’on adore et dont la carrière a ralenti ou n’a jamais totalement pris son envol et qui comptent sur les revenus de leur musique. C’est pourquoi je les encourage en effectuant du « streaming » stratégique de leurs chansons, et particulièrement les artistes qui ont réenregistré leur musique pour se libérer de contrats trop limitatifs. Lorsque Fiona Apple a annoncé qu’elle donnait toutes ses redevances d’une année provenant de sa chanson « Criminal » à des organismes qui prennent soin des réfugiés, je l’ai écoutée à répétition afin de soutenir sa cause.

Je suis la première à admettre qu’il ne s’agit que d’une goutte dans l’océan ; il y a des millions d’artistes qui voudraient être entendus. Et même dans le cas d’une campagne de « streaming » stratégique réussie, cela peut se traduire par à peine plus de quelques sous en revenus. Mais au fil du temps, si de plus en plus de gens font la même chose, cela pourrait signifier que l’écart entre les artistes moins connus et les géants s’élargira moins rapidement. Cela pourrait également se traduire par le fait que ces mystérieux algorithmes commenceront à inclure des voix plus diversifiées dans leur sauce secrète.

À propos de Chaka V. Grier

Marché de la diffusion en continu

publié 10/17/2019

Par Ed Henderson

En février 2007, convaincu que la diffusion par Internet ne serait jamais quelque chose de majeur, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) annonçait une ordonnance d’exemption (C-58) que l’on appelle désormais exemption numérique portant sur les contenus transmis par Internet. Cette exemption signifiait qu’Internet ne serait pas considéré comme un diffuseur et ne paierait donc pas de taxes. Les propriétés étrangères ne seraient pas soumises à la réglementation et il n’y aurait aucune obligation pour elles de mettre en vedette des contenus canadiens ni de contribuer financièrement, à l’instar de tous les autres diffuseurs, à la création de contenus canadiens.

Cela a permis aux diffuseurs Internet de rire tout au long du trajet qui les conduit à la banque.

Le gouvernement canadien reconnaît depuis longtemps que la proximité des États-Unis constitue une menace à notre existence culturelle. Depuis le tout début du 20e siècle, notre gouvernement cherche des façons de protéger l’unicité de la culture canadienne. En 1936, le gouvernement fédéral a adopté la Loi sur la radiodiffusion qui établissait un espace où les voix canadiennes pourraient être entendues partout au pays. Depuis 1957, le gouvernement canadien a réglementé la propriété étrangère des radiodiffuseurs canadiens afin de la limiter à 20 %.

La réglementation imposant des quotas de contenus canadiens à la télévision (adoptée en 1961) et à la radio (en 1970) ont permis de bâtir encore davantage notre culture à un point tel qu’à partir des années 70, les artistes canadiens ont pu jouir d’une véritable carrière au Canada alors qu’auparavant, la plupart devaient d’exiler pour espérer réussir.

Aujourd’hui, la présence de plus en plus dominante d’un Internet déréglementé signifie que l’histoire se répète. On voit de nouveau des artistes canadiens quitter le pays afin de lancer leurs carrières artistiques.

Le résultat net est que nous perdons des emplois dans tous les secteurs des arts et des médias. Nous perdons également des contenus et des programmes canadiens.

Mais les créateurs, interprètes et éditeurs canadiens ne sont pas les seuls touchés par un Internet déréglementé. À mesure que la diffusion par Internet prend de l’ampleur, les médias traditionnels du Canada ont également souffert : les journaux, la télé, la radio et le câble ont vu leurs revenus publicitaires diminuer année après année. Les revenus de la télévision conventionnelle sont passés de 1,984 milliard $ en 2011 à 1,411 milliard en 2018, c’est une diminution de presque 30 %. Cela s’est traduit par des pertes financières annuelles de 7 millions $ en 2012 pour atteindre 144 millions $ l’an dernier — un déficit total sur sept ans de 675 millions $. Les revenus de la radio commerciale ont atteint un sommet de 1,6 milliard $ en 2013 avant de retomber à 1,49 milliard $ en 2018, une diminution de 7 %.

Le résultat net est que nous perdons des emplois dans tous les secteurs des arts et des médias. Nous perdons également des contenus et des programmes canadiens.

Par ailleurs, ces pertes de revenus se traduisent également par une réduction des dépenses pour ces productions. Les producteurs ont moins d’argent pour payer les créateurs. Ces producteurs demandent de plus en plus les droits d’auteurs et les redevances qui leur sont dues — un effet secondaire sûrement inattendu de cette exemption numérique.

Pendant ce temps, les diffuseurs Internet — la plupart basés en Californie — engrangent des milliards de dollars. Les revenus des services de contournement (over-the-top services) sont passés de 115 millions $ en 2011 à 1,3 milliard $ en 2018 — une augmentation de 1130 % — et les prévisions sont de 2,351 milliard $ en 2022. La vaste majorité de ces revenus quittent le Canada.

Dans leur livre The Tangled Garden (publié chez James Lorimer & Company Ltd., 2019), Richard Stursberg et Stephen Armstrong proposent une solution toute simple à ce problème : abroger l’exemption numérique.

Je les cite : « La culture est un secteur d’une importance incroyable au Canada. Selon les chiffres du gouvernement, il représente près de 54 milliards $ par an et fait travailler 650 000 personnes. Cela signifie que ce secteur est presque deux fois plus gros que le secteur de l’agriculture, des forêts et des pêcheries combinés. Il représente le double du nombre d’emplois dans les secteurs des mines, du pétrole et du gaz. »

Stursberg et Armstrong décrivent de manière éloquente la vitesse vertigineuse des pertes du secteur culturel canadien : « À partir de 2010… une grande partie de ce qui avait été acquis a commencé à s’effriter. La puissante industrie des journaux a dû se battre pour sa survie et a congédié ses journalistes et fermé ses bureaux régionaux d’un bout à l’autre du pays. La très profitable industrie de la télévision a commencé à perdre de l’argent. Les navires de CTV, Global et CityTV, les puissances économiques du secteur des médias privé et les plus importants acheteurs d’émissions dramatiques et d’humour, prenaient l’eau dès 2012. Les secteurs des magazines et du cinéma ont également été entraînés dans le maelstrom créé par les FAANGS. »(Facebook, Amazon, Apple, Netflix, Google)

Il est urgent que le gouvernement intervienne.

Abroger l’exemption numérique ne coûtera vraisemblablement rien au gouvernement et aux citoyens canadiens. Selon Stursberg et Armstrong, « appliquer les taxes de vente, abolir les crédits d’impôt pour les filiales étrangères et éliminer le vide juridique entourant l’application de C-58 génèreront suffisamment d’argent » pour protéger les contenus canadiens dans le marché numérique.

« Ces mesures n’ont rien de nouveau ou d’étrange. Ce sont simplement une extension des règles qui ont, historiquement, guidé les industries de la radiodiffusion et des journaux. Elles exigent des FAANGs qu’elles se soumettent aux mêmes régimes fiscaux que les médias traditionnels, qu’elles effectuent les mêmes contributions pour la production de contenus canadiens et qu’elles respectent les mêmes normes de civilité et de transparence que les journaux et les radiodiffuseurs. »

 Il est urgent que le gouvernement intervienne. Les auteurs nous mettent ainsi en garde : « ces changements aux politiques… doivent être mis en place dès maintenant. La situation financière des médias traditionnels est si précaire qu’ils ne pourront pas tenir le coup encore très longtemps. »

Ces changements tout simples doubleraient pratiquement le soutien offert aux industries culturelles canadiennes en plus de générer des revenus fiscaux additionnels pour le Canada. Selon l’hypothèse de Stursberg et Armstrong, l’abrogation de l’exemption numérique et le fait de traiter les diffuseurs Internet en tant que tels — des diffuseurs — les 100 millions $ que Netflix a dépensés pour des productions canadiennes en 2017 auraient alors été de 230 millions $ et auraient représenté 320 millions $ en 2021.

L’Union européenne est passée à l’action. Elle a récemment adopté une loi visant à soutenir son économie culturelle florissante en appliquant aux diffuseurs Internet les mêmes réglementations auxquelles les radiodiffuseurs sont assujettis.

Le Canada doit lui emboîter le pas. Il faut traiter Internet comme le diffuseur qu’il est. Il faut le réglementer et exiger qu’il fasse sa part pour soutenir et diffuser les contenus canadiens.

L’existence culturelle du Canada en dépend.

Une version de l’éditorial d’Ed Henderson a été publiée dans l’édition du 15 octobre 2019 du Globe and Mail.

À propos d’Ed Henderson

Musique et baladodiffusions

publié 09/30/2019

Par Alan Cross

Depuis le premier épisode publié le 25 janvier 2017, ma baladodiffusion intitulée Ongoing History of New Music a été téléchargée 5,9 millions de fois dans pratiquement tous les pays de la planète, sauf la Guyane française, le Sahara occidental, le Niger, le Tchad, le Soudan du Sud, l’Érythrée, la République du Congo et la Corée du Nord. Ça signifie 188 pays sur un total de 195.

Pas mal pour une série documentaire qui explore la musique en profondeur malgré le fait qu’on n’y entend pas la musique dont il est question. C’est en effet un documentaire musical sans musique parce que… c’est la règle.

Quand un artiste signe un contrat avec une maison de disques, il accorde à cette entreprise les droits exclusifs de distribution de sa musique. Lorsqu’un producteur de baladodiffusions utilise une chanson, il devient de facto un distributeur du fichier numérique de cette chanson. C’est donc une violation des droits détenus par la maison de disques qui expose ce producteur à des accusations de reproduction illégale d’une œuvre protégée. C’est de la piraterie, en d’autres mots.

Nous ne pouvons donc utiliser que de très courts extraits afin d’illustrer nos propos tout en évitant les ennuis. Mais officiellement, même ça c’est verboten, mais j’y reviendrai.

Il n’existe aucun mécanisme de licence permettant aux producteurs de baladodiffusions d’inclure légalement des œuvres dans leurs productions. Peu importe les moyens financiers à notre disposition, personne ne peut nous aider.

Vos recherches vous ont peut-être indiqué qu’il est permis d’utiliser des extraits d’une quinzaine de secondes, mais c’est faux. Il n’y a aucune durée minimale qui soit permise pour l’utilisation d’une chanson.

D’aucuns justifient leur utilisation de musique par la notion « d’utilisation raisonnable ». Néanmoins, lorsqu’on fouille dans les méandres de la Convention de Berne, on découvre que les lois sur le droit d’auteur qui s’appliquent sont celles du pays où la baladodiffusion est offerte et consommée, pas celles du pays où elle est hébergée.

La loi sur le droit d’auteur des États-Unis, par exemple, applique la notion d’utilisation raisonnable. Mais elle ne s’applique qu’aux États-Unis. Le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie ne l’ont pas (mais nous avons la notion de « fair dealing » également traduite par utilisation équitable). La plupart des pays n’en sont pas rendus à cette étape. Et même là, « l’utilisation équitable » (et ses variantes locales) sont un argument que vous n’utiliserez que devant les tribunaux, ce qui signifie que vous avez déjà dépensé des sommes considérables.

Est-ce que ça compte si votre baladodiffusion est sans but lucratif ? Non. Aucune importance. Au suivant.

« Mais qu’en est-il si j’ai l’autorisation de l’artiste pour utiliser sa musique ? », dites-vous. Grand bien vous fasse, mais l’artiste n’est qu’un des maillons de la chaîne. Vous devez quand même obtenir l’autorisation de la maison de disques, de l’éditeur et des créateurs de la pièce, s’ils ne sont pas les mêmes que l’artiste interprète.

Il y a de fortes chances que l’artiste en question soit également membre d’une organisation de droit d’exécution. Vous devrez également obtenir la permission de cette organisation. À l’heure actuelle il est possible d’obtenir une licence de droit d’exécution pour la musique utilisée dans les baladodiffusions en vertu du tarif 22F de la SOCAN, mais cette licence ne couvre que le droit d’exécution et uniquement au Canada. Il faudra donc encore obtenir une licence pour les bandes maîtresses et le droit de reproduction.

Ce qui complique encore plus les choses c’est que certains radiodiffuseurs — on pense tout de suite à la BBC et aux autres grands radiodiffuseurs commerciaux britanniques — ont déboursé des millions en licences musicales. Il y a une décennie, environ, ils ont négocié une limite de 30 secondes pour les baladodiffusions écoutées au Royaume-Uni. Tous les autres territoires sont bloqués afin d’éviter les violations de droits d’auteur.

Certaines personnes ont tenté de contourner les règles en hébergeant leurs baladodiffusions sur YouTube. Pas bête, sauf qu’on parle alors d’une diffusion en continu et non pas d’une baladodiffusion, ce qui signifie que des règles différentes s’appliquent. C’est sans compter qu’il y a de très fortes chances que les algorithmes de YouTube signalent votre baladodiffusion comme comportant une violation du droit d’auteur. Spotify, qui est allé à fond avec les baladodiffusions semble également avoir mis en place des robots qui cherchent de telles violations et quelques producteurs ont ainsi été bannis.

Soyons clairs : aucune baladodiffusion majeure n’a été empêchée pour avoir foulé ces règles. Cela exigerait beaucoup de temps et des avocats très dispendieux. Mais il est également possible que les ayants droit attendent simplement qu’un producteur de baladodiffusions très en vue atteigne une masse critique pour lui tomber dessus avec tout leur poids.

Il y a évidemment beaucoup d’argent en jeu, alors qu’est-ce qui explique que personne n’ait encore pensé à offrir une licence générale pour la musique dans les baladodiffusions ? Quelques idées ont été mises de l’avant, d’autant plus que le marché des baladodiffusions devrait surpasser le milliard de dollars à la fin de 2020, selon les dernières prévisions. Ce nouveau médium est en pleine explosion et plus ce marché grandit, plus il sera difficile d’y maintenir l’ordre et la loi.

Mais pour y arriver, il faudra des négociations sans fin avec les ayants droit de partout dans le monde.

Tous les artistes, compositeurs et autres parties prenantes d’une chanson méritent d’être rémunérés pour leur travail. La situation de la musique utilisée dans les baladodiffusions et l’un des plus grands défis que l’industrie a eu à relever depuis les licences générales pour la radio il y a presque un siècle. Sauf que cette fois-ci, c’est un million de fois plus complexe.

À propos d’Alan Cross

Trois raisons pour lesquelles un membre SOCAN doit se réjouir

publié 09/16/2019

Par Diane Tell

1 – Drake est membre de la SOCAN.
Le titre d’un article qui commence par : « 3 raisons pour lesquelles » et se termine par le nom d’une super star est, je l’avoue, un peu racoleur, mais j’ai voulu attirer votre si chère et trop souvent volatile attention. C’est réussi non ? Vous connaissez la fameuse citation de Groucho Marx ? « Jamais je ne voudrais faire partie d’un club qui accepterait de m’avoir pour membre ». À l’inverse, jamais je n’hésiterais à faire partie d’une société à laquelle DRAKE accepterait de confier ses droits d’auteurs ! Avec ses 20 millions d’écoutes en moyenne par jour sur SPOTIFY, ses 19 millions d’abonnés et 7 milliards de vues cumulées sur YouTube, pour ne citer que 2 preuves de son immense succès, le jeune homme de Toronto aurait pu céder au chant des sirènes américaines pour toujours et pourtant, il est des nôtres. Sans avoir accès aux secrets du dieu du Rap, je peux induire qu’il y trouve son compte. Ce qui est bon pour DRAKE est bon pour moi et pour notre société tout entière.

2 – La SOCAN nous appartient.
J’écris « notre société », car la SOCAN est à nous. Ni une organisation gouvernementale, ni la propriété d’actionnaires, la SOCAN est une coopérative, c’est à dire, une société appartenant à ses membres, plus exactement un groupement économique fondé sur le principe de la coopération, dans lequel les participants, égaux en droit, sont associés pour un genre d’activité visant à satisfaire les besoins de travail ou de consommation en s’affranchissant de la domination du capital.  Le groupe Blackstone fit l’acquisition en 2017 de la SESAC, l’une des plus anciennes sociétés de gestion collective de droits d’auteur en Amérique, elle-même propriétaire de Harry Fox Agency (société de gestion de droits de reproduction mécanique fondée en 1927). Le saviez-vous ? Que mon petit fonds de commerce n’appartienne pas à l’un des plus puissants fonds d’investissement de la planète me convient parfaitement. Pas vous ?

3 La SOCAN, avocate du diable est dans les détails.
Au Canada, petit détail, le droit d’auteur dépend de deux ministères à priori diablement opposés : Patrimoine canadien et Innovation, Sciences et Développement économique Canada (ISDE). Afin de ne commettre aucune bévue, je me permets de citer les versions officielles de leurs missions à portée de tous sur le site du gouvernement du Canada. Patrimoine canadien et ses organismes du portefeuille jouent un rôle vital dans la vie culturelle, civique et économique des Canadiens. Les arts, la culture et le patrimoine représentent 53,8 milliards de dollars en activité économique et emploient plus de 650 000 personnes dans de nombreux secteurs d’activité tels que le film et la vidéo, la radiodiffusion, la musique, l’édition, les archives, les arts de la scène, les établissements du patrimoine, les festivals et les célébrations. Les lois sur le droit d’auteur et sur la radiodiffusion, d’après ce que l’on peut lire sur le site, dépendent de ce ministère. Oui, mais voilà… Le portefeuille de l’Innovation, Sciences et Développement économique se compose des ministères et organismes suivants : Agence canadienne de développement économique du Nord (CanNor), Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA), Agence fédérale de développement économique pour le Sud de l’Ontario (FedDev Ontario), Agence spatiale canadienne (ASC), Banque de développement du Canada (BDC), Commission du droit d’auteur Canada (CDAC) Etc… Ce ministère, toujours selon le site officiel, est également responsable de la Réglementation de la radiodiffusion et des télécommunicationsLicences de radiodiffusion, de distribution et de spectre, normes de télécommunications, certification et plus. Et plus vous dites ? Non merci. J’aimerais bien que l’on m’explique comment Monsieur Industrie et Madame Patrimoine arrivent à s’entendre sur la garde de leur progéniture : les contenus et leurs créateurs. Mais j’ai autre chose à faire. Des chansons à écrire, un spectacle à préparer, un post à publier sur Instagram… Je laisse les experts de la SOCAN jongler avec ce puzzle que j’appellerais « le paradoxe du contexte canadien du droit d’auteur ».

Je suis très fière d’être membre de la SOCAN et de son conseil d’administration pour ces raisons et beaucoup d’autres. La SOCAN est démocratique, paritaire, innovante et l’une des sociétés de gestion collective les moins chères du monde. D’audacieux outils sont déjà en place ou en cours de développement pour assurer une meilleure efficacité dans la collecte et la répartition de nos droits. Un nouveau portail destiné aux membres sera opérationnel d’ici la fin de l’année. Vous n’en croirez pas vos yeux ! Totalement métamorphosée par la révolution numérique, l’industrie de la musique peine à s’affranchir d’anciens modèles d’affaires. La SOCAN se réinvente constamment, s’investit à fond pour offrir de nouveaux services comme la gestion du droit de reproduction mécanique avec l’acquisition de la SODRAC pour point de départ. Je me réjouis de faire partie de la famille SOCAN. Et vous ?

À propos de Diane Tell